Vertige cervicogène : quand votre cou peut-il être responsable de vos sensations de vertige ?

« J’ai la tête qui tourne, mais mon oreille interne va bien… »
Vous ressentez des sensations de vertige, d’instabilité ou de déséquilibre, mais les examens réalisés chez l’ORL ou le neurologue sont normaux ? Vous souffrez également de douleurs ou de raideurs dans le cou ?
Dans certains cas, ces symptômes pourraient être liés à ce que l’on appelle un vertige cervicogène, également connu sous le nom de vertige d’origine cervicale.
Ce trouble reste encore discuté dans le monde scientifique, mais les recherches suggèrent qu’un dysfonctionnement du cou peut parfois contribuer à certaines sensations de vertige ou d’instabilité.
Qu’est-ce qu’un vertige cervicogène ?
Contrairement à ce que l’on imagine souvent, le vertige cervicogène n’est généralement pas un véritable vertige rotatoire (la sensation que la pièce tourne autour de soi).
Les patients décrivent plutôt :
- une sensation de flottement ;
- une impression d’être « dans le brouillard » ;
- une sensation d’ébriété ;
- une instabilité à la marche ;
- une impression d’avoir la tête légère ;
- des difficultés à se repérer dans l’espace.
Ces symptômes sont généralement associés à :
- des douleurs cervicales ;
- une raideur du cou ;
- des tensions musculaires ;
- des maux de tête.
Quel est le lien entre le cou et l’équilibre ?
Notre équilibre dépend principalement de trois systèmes :
Les yeux 👀
Ils nous renseignent sur notre environnement.
L’oreille interne 👂
Elle détecte les mouvements et les accélérations de la tête.
Les récepteurs du cou 🦴
Ils informent le cerveau sur la position de la tête dans l’espace.
Le cerveau compare en permanence les informations provenant de ces trois systèmes.
Lorsque tout fonctionne correctement, nous gardons facilement notre équilibre.
Quand les informations deviennent contradictoires…
Le haut du cou, en particulier les premières vertèbres cervicales (C0-C1-C2), contient une quantité extrêmement importante de récepteurs sensoriels.
Ces récepteurs jouent un rôle essentiel pour :
- l’orientation de la tête ;
- le contrôle de la posture ;
- la stabilité du regard ;
- l’équilibre.
Lorsqu’une douleur, une raideur ou une blessure cervicale perturbe ces informations, le cerveau peut recevoir des messages contradictoires :
Les yeux disent une chose, l’oreille interne une autre et le cou une troisième.
Ce conflit sensoriel pourrait être à l’origine de certaines sensations de vertige ou d’instabilité.
Quels sont les symptômes du vertige cervicogène ?
Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont :
✅ sensation de déséquilibre ;
✅ impression de flotter ;
✅ tête légère ;
✅ sensation d’ébriété ;
✅ instabilité lors de la marche ;
✅ difficulté à tourner rapidement la tête ;
✅ fatigue visuelle ;
✅ difficultés de concentration.
Quels symptômes sont moins évocateurs ?
Le vertige cervicogène provoque rarement :
❌ un véritable vertige rotatoire intense ;
❌ des bourdonnements d’oreille ;
❌ une perte d’audition ;
❌ des vomissements importants.
Ces symptômes orientent davantage vers une atteinte de l’oreille interne et nécessitent un avis médical.
Qui est le plus à risque ?
Le vertige cervicogène est plus fréquemment observé chez les personnes présentant :
- des cervicalgies chroniques ;
- un coup du lapin (whiplash) ;
- une arthrose cervicale ;
- des céphalées cervicogènes ;
- un travail prolongé devant un écran ;
- des tensions musculaires importantes du cou.
Le stress peut-il jouer un rôle ?
Oui.
Le stress et l’anxiété peuvent :
- augmenter les tensions musculaires ;
- majorer l’hypervigilance ;
- amplifier la perception des sensations corporelles ;
- perturber le contrôle postural.
Chez certaines personnes, cela peut contribuer à entretenir les sensations de vertige.
Comment fait-on le diagnostic ?
Le diagnostic de vertige cervicogène est parfois complexe.
Il s’agit avant tout d’un diagnostic d’exclusion.
Avant de conclure à une origine cervicale, il est important d’éliminer d’autres causes de vertige, notamment :
- le vertige paroxystique positionnel bénin (VPPB) ;
- la migraine vestibulaire ;
- la maladie de Ménière ;
- une atteinte neurologique ;
- certaines causes cardiovasculaires.
Votre professionnel de santé peut également évaluer :
- la mobilité du cou ;
- l’équilibre ;
- la coordination ;
- la présence de douleurs cervicales.
Que dit la recherche scientifique ?
La recherche actuelle considère que le vertige cervicogène est une hypothèse physiopathologique plausible, mais qu’il reste difficile à confirmer avec certitude.
Les études montrent cependant que :
- les personnes souffrant de douleurs cervicales chroniques présentent plus fréquemment des sensations de vertige ;
- l’amélioration des symptômes cervicaux est souvent associée à une amélioration du déséquilibre ;
- la rééducation cervicale et les exercices spécifiques peuvent diminuer les symptômes.
En revanche, aucun examen médical ne permet aujourd’hui de poser un diagnostic définitif.
Peut-on traiter un vertige cervicogène ?
Oui, dans de nombreux cas, une prise en charge adaptée permet une amélioration significative.
-
Les exercices de mobilité cervicale
Ils permettent de :
- diminuer les raideurs ;
- améliorer le mouvement ;
- restaurer la confiance dans les mouvements du cou.
-
Les exercices de proprioception
Ils visent à améliorer la communication entre :
- le cou ;
- les yeux ;
- le système vestibulaire.
-
Les exercices d’équilibre
Ils permettent au cerveau de mieux intégrer les informations sensorielles.
-
L’activité physique
L’activité physique régulière améliore :
- la mobilité ;
- le contrôle postural ;
- la confiance dans le mouvement.
-
La thérapie manuelle et l’ostéopathie
Certaines études montrent que la thérapie manuelle peut contribuer à :
- diminuer les douleurs cervicales ;
- améliorer la mobilité ;
- réduire les sensations de vertige chez certains patients.
Cependant, elle doit s’inscrire dans une prise en charge globale comprenant également des exercices actifs.
Quand faut-il consulter rapidement ?
Consultez rapidement si le vertige s’accompagne de :
🚩 faiblesse d’un bras ou d’une jambe ;
🚩 difficulté à parler ;
🚩 perte de vision ;
🚩 maux de tête brutaux et inhabituels ;
🚩 perte de connaissance ;
🚩 troubles de la marche soudains ;
🚩 perte d’audition récente.
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale rapide.
Ce qu’il faut retenir
✔ Le cou participe activement à notre équilibre.
✔ Une dysfonction cervicale peut parfois contribuer à certaines sensations de vertige ou d’instabilité.
✔ Le vertige cervicogène est un diagnostic d’exclusion.
✔ Les symptômes s’accompagnent fréquemment de douleurs ou de raideurs du cou.
✔ Une prise en charge associant exercices, rééducation et thérapie manuelle peut être bénéfique.
En conclusion
Le vertige cervicogène illustre à quel point notre équilibre dépend de la bonne communication entre le cou, les yeux et l’oreille interne. Bien qu’il reste encore des zones d’ombre dans la recherche scientifique, il est aujourd’hui admis que certaines douleurs cervicales peuvent participer à des sensations de déséquilibre ou de vertige chez certaines personnes.
La bonne nouvelle est que, dans de nombreux cas, une prise en charge adaptée permet de retrouver progressivement confiance dans ses mouvements et de réduire les symptômes.
Tin KOJIC Ostéopathe D.O.
Références scientifiques
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- Treleaven J. Dizziness, unsteadiness, visual disturbances and postural control. J Orthop Sports Phys Ther. 2008.
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- Reiley AS, et al. How to diagnose cervicogenic dizziness. Arch Physiother. 2017.
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- Reid SA, et al. Sustained natural apophyseal glides and passive joint mobilisations for cervicogenic dizziness. Man Ther. 2014.